7. En croisade en orient - Olivier de Termes, une épopée au XIIIe siècle

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7. En croisade en orient
1247 : Olivier accepte de rejoindre la croisade organisée par Saint-Louis.

Les quelques illustres personnages que nous avons suivi précédemment, à savoir Raimond VII de Toulouse, Raimond II Trencavel... et quelques autres affiliés, prennent au tout début 1247 la croix : ils s'engagent à rejoindre la nouvelle croisade en préparation. Olivier de Termes fait de même à leur suite.

Ainsi, c'est entre février et mai 1247 qu'Olivier de Termes "prend la croix" : c'est à dire qu'une cérémonie publique auprès de l'archevêque se déroule. Confession, absolution des pêchés, habit cousu d'une croix revêti... au yeux de tous, cet ancien ennemi de l'institution catholique entre là en pénitence pour le temps de la Croisade et se soumet ainsi à l'Église.

A la suite, au mois de juin 1247, près de paris, Olivier rejoint le roi pour une autre cérémonie : le serment de fidélité et l'hommage-lige. Olivier se soumet à Louis IX ou "Saint-Louis", lequel devient ainsi son seigneur principal. Si jamais le seigneur-lige d'Olivier est en guerre contre d'autres de ses seigneurs (Raimond de Toulouse, Jaume Ier...), il n'a plus le choix et doit suivre Saint Louis.

Visiblement, Olivier de Termes considère qu'en Languedoc, il n'est plus possible de s'opposer à la puissance du royaume de France. Il compose donc. Le départ en croisade programmé est l'aboutissement du processus de ralliement de tous les grands seigneurs rebelles méridionaux.

Les seigneurs faydits sont tous invités à ainsi racheter leur conduite envers l'Église et le roi. Ils renforçent le contingent, et, au yeux du roi, il est bien sûr intéressant d'avoir ces personnages turbulents auprès de soi, au vu d'une absence qui s'annonce longue.


L'hommage au seigneur. Capbreus de Tautavel, XIIIe siècle.

Louis IX, guéri, fait voeu de croisade. Matthew Paris, Domaine public, via Wikimedia Commons
Odejea, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
Pourquoi cette nouvelle croisade ?

Quand fin 1244, Louis IX, futur "Saint Louis" est gravement malade, il fait le vœu de partir en croisade s'il guérit. Il s'ajoute que les nouvelles de Terre Sainte et des États Latins d'Orient ne sont pas bonnes. Ces entités chrétiennes sont en effet soumises à une pression constante des pouvoirs musulmans voisins, et elles sont depuis la sixième croisade en 1228, le terrain de conflits féodaux internes.

Une armée chrétienne, la plus importante depuis la défaite d'Hattin en 1187, subit à son tour une défaite à la bataille de La Forbie, près de Gaza. Enfin, Jerusalem elle-même est mise à sac en 1244. (suivre le lien pour faire connaissance avec les Khwarezmiens).

Ainsi, initiée par la volonté du roi de France, cette nouvelle croisade sera uniquement "française", avec des participants recrutés dans le royaume. L'occasion au passage, et comme par le passé, de canaliser les ardeurs des chevaliers en quête de gloire et de faits d'armes, et qui sinon se querellent entre-eux lors de guerres privées. L'occasion aussi, en partant d'Aigues-mortes, de montrer que le royaume de France compte désormais dans l'espace méditerranéen ?
L'attaque de... l'Egypte.

Après une longue pause dans le royaume de Chypre, afin de passer la mauvaise saison et regrouper tous les contingents attendus, c'est au mois de mai 1249 que la flotte reprend la mer, en direction de la capitale de la puissance qui a pris Jerusalem : le Sultanat Ayyubide d'Egypte, capitale Le Caire, sur le Nil. Le roi de France souhaite porter un coup stratégique.

Le sultan Malik al-Salih Ayyoub a été prévenu par l'empereur Frédéric II et a pu se préparer quelque peu. L'armée croisée est toutefois importante : il y aurait eu là de l'odre de 15 à 25 000 hommes, dont plus de 2500 chevaliers et 5000 arbalétriers.
AnonymousUnknown author, Public domain, via Wikimedia Commons
 
 
 
 
 
 

Le contingent d'Olivier

Outre sa propre personne, la "prise de croix" d'Olivier de Termes s'est concrétisée par la mobilisation d'hommes de guerre de son entourage, ou payés par lui. Quand en début 1247, le roi accepte qu'Olivier suive l'expédition, il lui demande de venir accompagné de 5 chevaliers et 20 "bons" arbalétriers, "bien équipés à ses deniers pour ledit service". (Ne sont pas cités les écuyers et serviteurs... )

Plus avant dans la préparation, suite à la rencontre de juillet 1247 entre Olivier et le roi, nous avons la trace du fait que "Olivier a prêté serment sur le corps d'accompagner le roi outre-mer à son service, avec dix chevaliers et quinze arbalétriers à cheval".

Passé les quarante jours de service... ces 25 hommes de guerre sont à la charge du seigneur Olivier de Termes, pour tout le temps de sa prise de croix... L'historien Gauthier Langlois a produit quelques calculs permettant d'affirmer que cette charge est très lourde. L'estimation de 2800 livres de coût par an pour Olivier de Termes est obtenue. Elle est deux fois plus importante que l'estimation de son revenu annuel. Par le jeu des comparaisons, cette contribution se confirme même comme étant très conséquente. Par exemple, le comte de Toulouse a une contribution "juste" deux fois plus importante qu'Olivier.

Ainsi, le fait de devoir partir en croisade avec un contingent chiffré, à faire suivre obligatoirement, forme une sorte d'énorme amende pour les anciens seigneurs rebelles au roi et à l'Eglise. Ils doivent souvent engager ou vendre leurs biens pour satisfaire cette obligation !




Une scène de siège avec de nombreux arbalétriers.
BL Yates Thompson 12 Histoire d'Outremer Infos.
"Le duc de Bourgogne qui commandait les soldats et le peuple restant, et Olivier de Termes, remarquable commandant et guerrier qui commandait les arbalétriers et les mercenaires, furent laissés à la garde de Damiette."
Un extrait de la chronique de Matthieu Paris.

Prise de Damiette en 1249, selon une représentation postérieure du XIVe siècle. L'importance des arbalétriers et archers est restituée.
Bibliothèque nationale de France, Public domain, via Wikimedia Commons

Bataille de Mansûra (1250). Enluminure du manuscrit du chroniqueur Guillaume de Saint-Pathus, Vie et miracles de saint Louis, XIVe siècle, Bibliothèque nationale de France, Français 5716, fol. 199. Domaine public, via Wikimedia Commons
Les aspects marquants de la septième Croisade

Cette campagne bénéficie de descriptifs sourcés et détaillés par ailleurs, notamment et bien entendu sur l'encyclopédie Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Septi%C3%A8me_croisade), mais il convient d'évoquer quelques points en lien avec l'expérience vécue par Olivier de Termes.

Comme à Majorque, l'assaut commence sur la plage, avec tout de suite des combats. Damiette est rapidement prise faute de résistants, mais une nouvelle pause est faite, avec ensuite le Nil en crue, empêchant sa remontée avant octobre 1249.  

Quand l'armée croisée avance, elle est confrontée aux techniques de harcèlement et de combat d'escarmouches des Mamelouks. Mais dans le cadre du passage stratégique d'un des bras du fleuve, il y a de véritables batailles. Dans les alentours de Mansourah.

Or, à l'âge déjà notable pour l'époque d'environ 50 ans, Olivier de Termes a un assez long passé militaire derrière lui. Avec une réelle expérience à plusieurs niveaux :
  • expérience de la guerre face aux Maures ou Musulmans, lesquels usent d'autres principes de combat que ceux de "l'idéal chevaleresque occidental" ;
  • expérience de la guerre face à un parti plus fort et organisé, quasiment la "guerre asymétrique" ; ainsi, l'on use de l'embuscade, puis l'on fuit ;
  • expérience des techniques de siège, avec l'usage des machines de jet et de la sape ou de la mine ;

Il fait donc assurément parti des chevaliers qui savent que poursuivre l'ennemi -apparemment- en fuite est souvent un piège... Et comme il l'a pratiqué, mieux vaut parfois fuir (et vivre) que mourrir...

Ce n'est pas la pratique de tous les chevaliers et grands seigneurs, y compris le propre frère du roi, Robert d'Artois, qui se fait piéger et tuer avec toute l'avant-garde. Pourtant, les croisés réussisent à forcer le passage et établir un pont... mais avec les maladies qui touchent de plus en plus d'hommes, avancer plus avant n'est plus réaliste.

Le roi se résoud fonc à battre en retraite... durant laquelle, il tombe malade. Son corps d'armée se retrouve encerclé. Plus avant, il en va de même pour l'essentiel de l'avant-garde, qui est défaite. Ainsi, une bonne partie de l'armée est faite prisonnière, et il faut négocier.

Seuls quelques contingents de l'avant-garde réussissent à s'échapper et à rejoindre Damiette. Parmi ces hommes : le duc de Bourgogne et Olivier de Termes ! Ils sont alors les méssagers du désastre militaire que forme cette expédition.






Une carte figurant la 7eme croisade, entamée en 1248.
Guilhem06, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
Olivier, le "Maître des Arbalétriers" du roi

Louis IX crée à l'occasion de cette expédition militaire le titre de "maître des arbalétriers". Cette dignité était donnée à celui qui commandait dans l'ost royal tous les piétons. Soit :
- les hommes de trait (archers et arbalétriers, donc !) ;
- les ingénieurs et les servants des machines de siège (pierriers, mangonneaux etc...) ;
- les sapeurs, les mineurs, les charpentiers ;

Soit, dans le cadre d'une guerre de siège et d'assaut de places-fortes, les hommes de troupe les plus précieux !

En 1248, c'est en premier les dénommés Thibaut de Montléart puis Nicolas de Menou qui sont cités ainsi. Et en 1250 à Damiette, selon le témoignage du chroniqueur Matthieu Paris, le titre revient à Olivier de Termes.




Scène de siège, avec un sapeur, un arbalètrier, une machine en arrière-plan...
Bible de Maciejowski. f10, détail.


Louis IX est fait prisonnier en Egypte.
Guillaume de Tyr (continuation), Public domain, via Wikimedia Commons

Guillaume de Saint-Pathus, Vie et miracles de Saint Louis,  XIVe sièle. Domaine public, via Wikimedia Commons
En terre sainte...

Nous le voyons donc, cette croisade en Egypte se solde par un échec assez cuisant pour les croisés, qui va pourtant participer de la légende de Louis IX, futur "Saint Louis". Une rançon énorme doit être payée par le trésor royal pour monnayer la liberté du roi et de ses compagnons croisés, avec aussi le fait de rendre Damiette.

Côté musulman, ce contexte est ceci dit marqué par la déliquescence du pouvoir Ayyoubide sur l'Egypte. Les Mamelouks prennent le pouvoir, et s'érigent en rivaux des émirs de Syrie. Ce, alors que la région vit sous la menace des Monghols.

Ayant retrouvé sa liberté, considérant que l'expédition militaire est terminée, Louis IX quitte l'Egypte dans la confusion le 8 mai 1250, et se rend en Terre Sainte, faire son pélerinage. Une bonne partie des croisés ne suit pas et s'en retourne en occident.

La reprise de Damiette par les Mamelouks se fit dans la confusion et non sans quelques massacres malgré les promesses et accords, à tel point que dans une des sources, la chronique de l'anglais Matthieu Paris, il est consigné qu'Olivier de Termes était mort à la tête de son contingent, abandonné, alors que la plupart des autres grands seigneurs croisés avaient embarqué.

L'on retrouve pourtant Olivier à Messine, en Sicile, parmi les passagers d'un bâteau marseillais faisant escale sur la voie du retour. Pourtant, depuis le 3 juillet, Louis IX a pris la décision de rester en Terre Sainte et poursuivre la Croisade. Avec l'écho de cette nouvelle, de nombreux passagers de ce bâteau souhaitent réorienter la course du bâteau en direction d'Acre, chose qu'ils obtiennent.

Et Olivier de Termes d'embarquer donc vers les Etats Latins, auprès du roi Louis XI.  
Après s'être bien conduit : des récompenses et de l'estime

Dès le mois de juillet 1250, par deux lettres du roi, il apparait qu'Olivier de Termes récolte en quelques sorte les fruits de sa participation à la croisade. En soi, il obtient du roi la récompense promise en échange de sa soumission.

Lui sont rendues des terres du Termenès pour une valeur de 250 livres de revenu annuel. Avec toutefois quelques réserves émises, comme le fait que ces terres ne devaient pas comporter de forteresse etc.

Puis, dans la seconde lettre, signe d'une évolution assurément, le roi ordonne de rendre à Olivier son château d'Aguilar. Fruit de la volonté d'Olivier de Termes de pousuivre la croisade ? Car il n'y avait plus l'obligation de suivre le roi à ce moment-là.

La confiance de Louis IX dans la fidélité d'Olivier semble se forger.

Pour le Pape, Innocent IV, il apparaît dans une lettre de février 1251 qu'Olivier est estimé :



(mon) "...très cher fils le noble Olivier de Termes a déployé pour l'affaire du Christ un zèle considérable dans la dévotion et la foi, s'exposant personnellement aux innombrables dangers des contrées d'outre-mer"
 
Les années 1248 à 1254 voient deux départs en orient s'organiser pour Olivier de Termes. Au milieu, son séjour en ses terres est marqué par une nouvelle guerre privée avec les derniers faydits insoumis au roi de France.

Une chronologie résumée :
Vue sur "Nimrod Castle" (château de Subeibé) et l'ouest. Plateau du Golan.
Venant de Baniyas, c'est sous ce château qu'un contingent de croisés, avec y compris Joinville, furent sauvés par Olivier de Termes.  
Green slash, CC BY-SA 3.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0>, via Wikimedia Commons
Un épisode relaté par Jean de Joinville dans son "Histoire de Saint Louis".

En mai 1253, le sultan d'Alep attaque puis prend Sidon, sur l'actuelle côte libanaise. De récentes trouvailles archéologiques attestent de la violence exercée (voir ce lien). Louis IX vient depuis Jaffa au secours de la ville. A Tyr cependant, l'armée croisée se sépare : avec le roi, une partie se porte vers Sidon plus au nord, tandis que l'autre partie, commandée par Geoffroye de Sergines, se lance dans un raid de représailles à l'Est, dont la ville de Baniyas est l'objectif.

Nous sommes en juin, et la ville est rapidement encerclée. Toutefois, les Musulmans se replient sur le château de Subeibé, juste à proximité, dans les montagnes de l'actuel espace-frontière entre Liban, Israel, et Syrie. Un contingent de croisés allemands poursuivent les musulmans, sans en avoir reçu l'ordre.

Comme souvent, c'est une fois qu'ils se retrouvent trop avancés et esseulés, et que l'ennemi se retourne contre eux, que les croisés en question se rendent compte du danger. Jean de Joinville les a suivi et rejoint, mais se retrouve donc également en fort mauvaise posture.

Appellé, Olivier de Termes et un contingent se sont également avancés dans les pentes sous le château de Subeibé. Et, selon le témoignage postérieur de Joinville, faisant le récit d'une opération qui lui sauve vraisemblablement la vie... c'est Olivier de Termes qui commande un mouvement faisant d'abord poursuivre vers l'Est, en direction de Damas, afin d'ensuite bifurquer sur un terrain propice, avec des champs de froment mis à feu... masquant et couvrant le retrait des piétons.

Comme Jean de Joinville le dit : "Et ainsi Dieu nous ramena sauf, par le conseil d'Olivier de Termes". Un épisode, une anecdote, qui va accroître la renommée du chevalier occitan.  
"Nous fîmes ainsi qu'il nous expliqua et Olivier fit prendre des roseaux dont on fait ces flûtes, fit mettre des braises dedans et les fit ficher dans les froments battus. Et ainsi Dieu nous ramena sauf, par le conseil d'Olivier de Termes."
Chroniques de Saint-Denis, Public domain, via Wikimedia Commons
Louis IX en pèlerinage à Nazareth, Chroniques de Saint-Denis, 1332-1350, BL, Royal 16 G VI. Public domain, via Wikimedia Commons
Le second séjour d"Olivier de Termes en Terre Sainte se termine avec le départ du roi, qu'il suit, le 25 avril 1254, au départ d'Acre.

Nous allons le retrouver comme acteur de la fixation de la frontière entre les royaumes de France et d'Aragon, une fois que les derniers seigneurs faydits retranchés dans le Fenouillèdes sont soumis.
De nos jours...

Les régions de la "Terre Sainte" et concernées par cette croisade de Saint Louis se répartissent entre divers pays que sont le Liban, Israel, la Syrie, l'Egypte. Les tensions religieuses et/ou politiques restent vives par endroit. Bien entendu, l'historiographie des croisades et des croisés dépend beaucoup du point de vue, selon que l'on se positionne dans la sphère chrétienne/occidentale ou musulmane/orientale.

La thématique des Croisades en orient reste populaire et se retrouve par divers aspects dans la culture "mainstream" via par exemple les jeux vidéos, le cinéma, ... la littérature et la bande dessinée. C'est souvent un "passage obligé" lors de l'évocation de la période médiévale. Or, ce sont souvent les objets et sujets les plus populaires qui sont le plus victimes de malentendus et mauvaises interprétations ! L'exemple de la tenue vestimentaire des croisés... avec en vérité juste des petites croix brodées, et non de grands tissus avec de grandes croix, en est une illustration.

Avec la prise en compte des sources musulmanes, proposant le point de vu concurrent, cette thématique bénéficie encore régulièrement de découvertes et apports. Avec des mises en perspectives intéressantes. Ainsi, du point de vue des musulmans d'orient, Olivier de Termes est -comme les autres croisés- un franc ! Pont de subtilité entre "occitan" du sud et "franc" du nord ici.



Mansourah, le Nil, de nos jours.
Ahmed Al.Badawy from Cairo, Egypt, CC BY-SA 2.0 <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0>, via Wikimedia Commons
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Théâtre + espace numérique.
Une réalisation des mairies de Termes et Tuchan (Aude).
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