9. Une seigneurie démantelée, une frontière qui se fortifie - Olivier de Termes, une épopée au XIIIe siècle

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9. Une seigneurie démantelée, une frontière qui se fortifie

Est-ce le ciel qui a incité Olivier de Termes a être un pieux catholique ? Illustration.
Troyes BM MS.33 Bible glosée -1225-1250 - France - Médiathèque de l'Agglomération Troyenne - Folio 044r

Olivier de Termes, la soixantaine, agît désormais pour le salut de son âme

Devenu un pieux catholique, Olivier va dans l'ultime partie de sa vie tâcher de racheter son comportement passé, qui apparemment pèse sur sa conscience.

Les premières donations et actes en faveur des institutions de l'Eglise datent de 1252. Son testament de 1257 établi à Fontfroide donne ensuite diverses indications, enfin, il va s'engager personnellement et repartir volontairement en Terre Sainte : il se met sonc "au service de Dieu".

Cet aspect de son histoire va être évoqué dans une partie suivante. Car à la suite du Traité de Corbeil-barcelone, il convient d'évoquer d'abord son rôle dans la fortification de la frontière, et l'évolution des lieux où il a résidé. Il est en effet le témoin et le facilitateur de la réorganisation des places-fortes emblématiques que sont Termes et Aguilar, notamment.
Olivier de Termes, personnage de deux royaumes

Depuis qu'Olivier de Termes a fait son hommage et a accompagné Louis IX en croisade, il est devenu un fidèle vassal. Mieux : un compagnon, un allié, voire un ami. Ce changement radical qui fait suite à plus de 20 ans de lutte et d'opposition à l'Eglise et au Roi en tant que seigneur faydit et protecteur d'hérétiques ne semble pas être simplement opportuniste.

A l'issue des épreuves vécues en croisade ensemble, il semble bien que le roi Louis IX, -futur Saint Louis- ait fait forte impression sur Olivier de Termes. Par son exemplarité ? Son sens de la justice ? Il n'y a que des hypothèses à formuler, mais le revirement est spectaculaire. Par la suite, Olivier de Termes reste un fidèle agent du Roi de France.

Il reste également un fidèle, un ami, du Roi Jaume Ier, et ce n'est pas contradictoire. Olivier compte donc parmi les personnages ayant fait le lien et l'interface entre les deux rois. Il continue de les rencontrer tous deux à leur cour dans les années qui suivent la paix de 1258.

Mais ces deux rois, ces royaumes, restent rivaux et méfiants. Ce qui va se traduire sur le terrain, dans la zone frontière qui nous intéresse. Dans ce processus, il est important pour le roi de France d'intégrer directement à son domaine certains territoires. Il va en être ainsi des terres d'Olivier de Termes.

llustration. ONB Han. Cod. 2554 Bible Moralisee folio 38r - vers 1225-1249 Paris, France - domaine Public - Österreichische Nationalbibliothek

Photo Mairie de Termes HC

Le lien père-fils était-il cordial entre Olivier et son héritier Raimond ? Illustration.
Tours BM MS.30 - Abrégé de la Bible -  1220-1230  - France - Bibliothèque municipale de Tours - Folio 029v

L'abbaye de Fontroide, carte postale début XXe siècle.
A partir de 1260, Olivier de Termes démantèle ses domaines

La chose est "médiatisée" au travers des sites de Termes et Aguilar, mais c'est un processus de grande ampleur pour l'ensemble de ses domaines : Olivier de Termes vend, donne ou solde son héritage vers 1260-1263. Pourquoi ?

Plusieurs raisons peuvent contribuer à une explication sur ce choix radical qui s'apparente à la dilapidation d'un héritage, alors même qu'Olivier a un fils, logique héritier de ses possessions : Raimond, né vers 1238.

Par rapport à son fils unique justement, quelques indices amènent à croire que les relations entre père-fils se sont dégradées, voire sont peut-être même conflictuelles. C'est en tous cas un fait : Olivier de Termes vend ses domaines, son fils va voir son héritage fondre. Cause ou conséquence de la mésentente ? Nous développons ce point dans un paragraphe (lien).

Nous l'avons vu, et allons encore le voir : eu égard à son passé de seigneur complice des hérétiques et de leurs protecteurs, que ce soit de par sa propre volonté ou par influence de son entourage catholique, Olivier de Termes se montre généreux envers l'Église (particulièrement l'abbaye de Fontfroide) et reste un défenseur de la Terre Sainte. La perspective de justement repartir en croisade implique d'organiser le financement de ladite expédition. Ces dépenses et avantages consentis diminuent mécaniquement le domaine, la richesse... l'héritage d'Olivier.

Ce qui compte le plus à ses yeux : défendre la chrétienté, être un bon chrétien, et au sens catholique.

Une troisième explication de ce démantèlement du domaine vient s'imbriquer, sans contredire les autres. Avec le renouvellement du regard historique, cet argument s'avère majeur : le roi Saint-Louis a simplement demandé à Olivier de Termes de lui cèder un certain nombre de possesions. Ce point mérite un développement :






Aguilar, vue actuelle des vestiges du fief d'Olivier de Termes
La revente de Termes, puis d'Aguilar, afin que le roi de France contrôle sa frontière.

Certes, le "château" de Termes est une possession royale depuis 1228, mais ce n'est pas le cas du castrum adjacent et accolé, relevant encore d'Olivier de Termes. Or, à l'image de ce qu'il s'est passé avec les faubourgs de Carcassonne en 1240 lors du siège... des quartiers d'habitations peuvent aider un assaillant. Cette "problématique" est réglée avec la vente du castrum au roi, en 1260, suivie du déplacement du village.

A la suite, en 1261, c'est le castrum et le château d'Aguilar qu'Olivier vend à Louis IX sur la demande de ce dernier. Chose remarquable pour Aguilar : le castrum, accolé au sud, est maintenu. C'est une différence d'avec les autres exemples de lieux réaménagés par le pouvoir royal ou ses affidés : Lastours, Montségur, Puilaurens, Peyrepertuse, Quéribus, et donc Termes comme l'on vient de le voir.

Peut-être qu'une séparation, un vide, entre les habitations et l'enceinte royale d'Aguilar suffisait à contenter l'autorité militaire ? Ce n'est qu'une hypothèse. Mais ainsi Aguilar forme l'unique place-forte royale de frontière ayant gardé un castrum sur son flanc !

Il est ainsi possible de le constater : face aux demandes royales consistant à la revente de pans importants de sa seigneurie, Olivier de Termes est convaincu sans soucis, il s'exécute rapidement. En tant que fidèle vassal et allié du roi de France, il facilite la stratégie du royaume de France.

Une stratégie qui nécessite de contrôler le plus directement possible les territoires frontaliers. Une stratégie basée sur l'édification d'un réseau de châteaux offrant autant de "sentinelles" dans la sénéchaussée de Carcassonne, la zone frontalière d'avec l'Aragon.

D'où le rachat en bonne entente du Termenès à Olivier de Termes, ou la récupération par la contrainte du Fenouillhèdes. Avec aussi le Perapertusès déjà obtenu, le royaume de France contrôle ainsi directement la frontière... et consolide un réseau de forteresses.  
La carte ci-dessous situe les sites fortifiés de part et d'autre de la frontière de 1258 :
Avant de voir précisément de quoi il retourne sur Termes et Aguilar, voici une chronologie relative à la fortification de la frontière :

Aparté/Note sur les propositions graphiques visant à restituer les sites de Termes et Aguilar :

  • D'abord et bien entendu, ces réalisations ont une visée pédagogique : il s'agit d'offrir une vision par l'image de l'évolution apportée par les architectes et ingénieurs royaux aux anciens châteaux d'Olivier de Termes. Il ne s'agit pas de travaux à caractère scientifique : ce sont des hypothèses graphiques, et schématiques.

  • La commande passée auprès du dessinateur et aquarelliste visait à nous fournir -parmi d'autres dessins illustrant la vie d'Olivier de Termes- les dessins "avant/après" pour Termes et Aguilar, soit 4 dessins originaux et exclusifs... qui pour des raisons propres au dessinateur n'ont à ce jour pas pu être produites. Ainsi, "dans l'attente", voici des travaux grahiques artisanaux de "compensation".


L'évolution du site d'Aguilar à la fin du XIIIe siècle :

A partir d'une image aérienne actuelle de juin 2017 (depuis une vidéo de S. Upton : source), il nous est permis de proposer une vision d'Aguilar depuis le sud... et de donc "révéler" au mieux le castrum qui s'organisait sur ces pentes. (Revenir au besoin à la page dédiée : lien).

Quelques "notes" :
  • le paysage a bien entendu beaucoup changé. Les abords du site étaient très probablement dénués d'arbres ou broussailles... les troupeaux entretenant au moyen-âge l'espace ouvert de landes.
  • Les habitations du castrum sont proposées à partir du dessin du castrum de Termes par le dessinateur Lionel DUIGOU. Il y a probablement un soucis d'échelle !?!
  • L'enceinte du castrum est très schématique... le château d'Olivier de Termes, qui devient ensuite la "seconde enceinte" du château royal d'Aguilar, est restituée en utilisant les pierres et murs afin de soigner l'aspect.  
Pour une analyse des vestiges actuels proposés ici en 3D, voici :



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"Olivier de Termes, une épopée au XIIIe siècle"
Théâtre + espace numérique.
Une réalisation des mairies de Termes et Tuchan (Aude).
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